Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

émissaire de la mort

par reinette 11 Mars 2009, 17:11 nouvelles

pourl'écriture ludique  les mots imposés  link

  

Elle reposa le téléphone, les larmes emplirent ses yeux, il n’y avait plus d’espoir.

« Votre mère n’est plus », avait dit la voix, « elle s’est éteinte ce matin ». La phrase cheminait lentement et avivait la douleur qui sommeillait 

Dehors le soleil brillait, intense, indifférent à son malheur.  Elle pensa que sa mère ne le verrait plus.

De ses mains elle se pressa les tempes pour soulager un peu la compression qu’elle ressentait.

Il lui fallait prendre le relais et appeler tous les autres pour leur annoncer la mauvaise nouvelle. Trouverait-elle seulement le courage de le faire ?

Se dirigeant vers la salle de bain pour se rafraichir, elle jeta un regard dans la chambre où jouait son fils encore trop petit pour comprendre que sa grand-mère était morte.

 

Elle fouilla un tiroir et dénicha une feuille de cahier sur laquelle étaient notés des numéros de téléphone. Si elle en connaissait certains, il y en avait d’autres qu’elle n’utilisait que très rarement. ce pense bête lui sera bien utile pour n’oublier personne.

 

Elle alla d’abord tirer le rideau, le reflet du soleil sur l’océan lui faisait mal aux yeux. Ainsi dans la pénombre elle se sentait plus à même de faire ce qu’elle n’avait pas envie de faire.

L’émissaire de la mort.

Tout à coup elle se sentit envahir par une rancœur pour sa vie semée d’embûches contre lesquelles il fallait toujours lutter. Elle se sentait lasse. Pourquoi ne pas remettre à demain ces coups de téléphone, plus rien ne pressait.

Elle sortit sur la terrasse et fit quelques pas sur la grève. Elle eut envie de crier sa détresse. Un coup d’œil à gauche, à droite, elle ne vit personne. Elle inspira profondément et dans un hurlement expulsa la boule qui l’opprimait. Elle ressentit un soulagement et recommença encore une fois pour le plaisir.

 

Lentement, elle revint vers la maison, la maison du bonheur, c’est ce qu’elle était sensée représenter. Où est-il aujourd’hui ce bonheur ? Pourquoi ne peut-on être heureux tout le temps ?

 

Allo, papa, c’est moi, c’est Lili, comment vas-tu aujourd’hui ? Je suis désolée, je suis porteuse de mauvaises nouvelles. C’est maman.

Une douleur lancinante lui lacéra le cœur à la douleur de son père cloué dans son fauteuil roulant. Elle aurait préféré le lui dire de vive voix mais ils étaient trop éloignés l’un de l’autre. La voisine à qui elle avait demandé de venir prit le téléphone et lui assura que ça irait, qu’il supporterait cette douleur, qu’il lui fallait juste un peu de temps.

Elle s’en voulait de s’être installée aussi loin mais elle se trouvait dans une impasse. Il fallait bien qu’elle suive son mari.

 

Elle prit son fils sur ses genoux et lui fit pleins de petits bisous qui avaient le don de l’apaiser.

Il voulait se dégager et de ses petits poings lui martela la poitrine.

bien que riant avec son fils, elle avait les yeux pleins de larmes douloureuses.

 

 

 

commentaires

Kildar 03/05/2009 08:59

Jolie participation.
J'aime toujours autant ce que peuvent devenir des mots pris au hasard dans les écrits de chacun ;-)
Bravo à toi.

P.S. : Juste un truc la Communauté c'est "Ecriture Ludique" et non pas "Iles des poètes immortelles" 8-)

Santounette 14/03/2009 17:58

C'est un texte très émouvant mais bien difficile à lire vu le thème abordé.

Lilounette 13/03/2009 22:25

Poignant évidemement ..j'avais pris aussi ma fille contre moi, elle avait 3 ans à l'époque ,un peu comme tu le dis dans ton texte
Je me suis mise en pause quelques jours, très fatiguée,mais je vais profiter de visiter les blogs où j'ai du retard et lire des textes sur lesquels je suis passée rapidement ( dont le tien)
Bon weed-end

Nettoue 12/03/2009 12:02

Insérer des mots imposés, dans un texte, en le voulant cohérent, n'est pas chose facile.. Et bien Reinette, c'est un beau succès, il me semble !
J'ai bien aimé!
Bises amicales et bonne journée
Nettoue

liedich 12/03/2009 08:52

une tâche bien dificile en effet et comme je comprends le cri sur la grève ! Ne pas rester seul et s'entourer pour adoucir les larmes.
dE la tristesse ce matin à te lir mais bon, la vie est là et cela en fait partie.
Belle journée Reinette.

Haut de page