souvenir de frayeur

Publié le par reinette


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Autrefois, quand les cabinets étaient encore au fond du jardin, il me revenait de rentrer chaque soir le pot  pour notre chambre à mes deux sœurs et moi.

 

D’habitude je le faisais avant que ne tombe la nuit.

 

Ce jour là, nous avions reçu nos cousines et nos jeux durèrent plus longtemps. Oubliant complètement mon travail, j’écoutais les histoires que mon père racontait souvent le soir.

 

Bien sur avant d’aller nous coucher il y avait la séance pipi.

 

Oh malheur, pas de pot !

 

Dehors il faisait nuit noire et madame la lune, sûrement, qu’elle voulait me punir elle aussi, ne montrait pas son croissant.

J’avançais sur la pointe des pieds, regardant de tous côtés. J’avais peur de déranger les esprits de la nuit.

 Les histoires de mon père en étaient truffées.

 Un mouvement accompagné d’un bruit m’arrêta. J’écoutais le cœur battant. Ce n’était rien qu’une branche que le vent balançait.

Je repris ma marche. La petite flamme de ma bougie tremblotait et n’éclairait pas grand-chose. Il était bien loin ce cabinet, tout au fond du jardin presque à la limite de la clôture à moitié effondrée qui nous séparait des voisins.

 

Je vous assure que la nuit est habitée, tellement de bruits m’ont effrayée cette nuit là. Des bruits dont je n’arrivais pas à situer la provenance. Depuis je me méfie de la nuit.
Chez moi, les lumières brillent dès que les coins commencent à se cacher.

 

Revenons à cette nuit qui m’a tant effrayée

La grosse boule de peur que j’étais, approchait malgré tout du cabinet, quand une gosse voix s’éleva et débita une litanie de jurons. Sans demander mon reste, je pris mes jambes à mon cou et filai à une vitesse dont je suis sûre, personne n’a encore réussi à égaler.

 

Mon père ne voulut pas croire à mon histoire, mais m’accompagna malgré tout pour me démontrer qu’il n’y avait rien et que tout ce qu’il racontait n’était que des histoires.

 

Nous n’étions pas encore au cabinet que la voix nous parvint à nouveau. Je me serrais contre mon père et lui suppliait de ne pas y aller.

Mais mon père n’était pas un poltron. Me prenant par la main nous continuâmes

 

Il ouvrit d’un coup sec la porte du cabinet. À la  lueur de la bougie nous découvrîmes notre voisin complètement ivre affalé dans un coin qui marmonnait  et par moments, croyant sans doute parler à sa femme, hurlait des jurons.

 

Mon père me fourra le pot dans les mains  et m’expédia  à la maison.

 

Par la suite c’était toujours lui qui rentrait les pots car le voisin venait systématiquement cuver son vin dans notre cabinet, la nuit tombée.

 

 

 

Publié dans nouvelles

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B
<br /> Bonnes fêtes de fin d'année et voeux d'autres jolies histoires.Amicalement!<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Sur, j'aurais pris mes jambes à mon cou .. je me souviens aussi de ces cabinets à l'extérieur , l'angoisse du soir où nous devions aller faire ce pipi pour la nuit, par grand froid même l'hiver ..<br /> l'été une voisine , pas toute jeune attendait que tous soyons rentérs et elle vidait son pot le long des trottoirs dans le caniveau .. je la revois, toute bossue , elle avait tant de mal à marcher<br /> et à le porter ce pot !! A l'époque, on se cachait pour la voir et on s'en amusait .. les temps ont bien changé heureusemetn, mais que souvenirs ! Bises du soir<br /> <br /> <br />
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G
<br /> En voilà un souvenir de ceux qu'on n'oublie pas...<br /> <br /> <br />
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R
<br /> Bonsoir....Je te souhaite....de joyeuses fêtes de noel....ROSIA<br /> <br /> <br />
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F
<br /> il y en a qui ont de drôles d'idée pour cacher leurs péchés, mais il est des choses qui nous marquent pour longtemps<br /> <br /> <br />
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